LA TRADITION ET LES TRADITIONS
ce contenu qui fait de ce livre le Canon de l'Église, et il le fait
par lui-même et comme tel; l'énoncé ecclésiastique n'a qu'une
valeur d'indication, il est un index orientant vers l'autorité de
Dieu, qui est celle de sa Parole en Jésus-Christ; il n'a pas lui-
même d'autorité, en tout cas pas d'autorité absolue, détermi-
nant quelque chose au plan de la foi. Le Canon en tant que
liste dressée par l'Église est révisable, on pourrait y ajouter ou
en retrancher des écrits... >>
Il faut cependant noter que, de fait, Barth et presque tous les
protestants, en chaire ou dans leurs écrits théologiques, suivent
le Canon traditionnel, quitte à s'en tenir, pour l'Ancien Testa-
ment, au Canon dénommé, de manière assez contestable, « pales-
tinien ». Le dégagement par rapport au Canon traditionnel reste
purement théorique. En fait, ni Barth ni aucun autre n'a jamais
appliqué sérieusement le principe d'une canonicité mesurée par
la référence christologique : d'après ce critère, un livre parlant
bien du Christ, et l'œuvre de Barth elle-même, serait canonique
de préférence à presque tout l'Ancien Testament. La préoccu-
pation d'éviter d'attribuer quelque valeur propre à la Tradition
ou à l'Église a poussé les théologiens protestants à se passer
d'elles dans un domaine où les faits montrent qu'elles ont joué
un rôle. Pourquoi ne pas suivre l'indication des faits? L'Église
ancienne aurait-elle été infidèle et déjà «< catholique »? Pourtant,
c'est d'elle qu'on a reçu le Canon, qu'on l'a accepté. Est-il loi-
sible d'accepter ses conclusions sans suivre les principes et les
voies par lesquels elle y est arrivée?
2º Les Pères et les théologiens médiévaux ont, plus nettement
encore qu'ils n'ont admis une suffisance matérielle des Écritures
canoniques, affirmé leur insuffisance formelle. L'Écriture, disent-
ils, ne suffit pas à procurer elle-même son vrai sens, elle doit
être lue dans l'Église et dans la Tradition: (cf. supra, nº 5,
p. 149 s.). L'Écriture elle-même est souveraine, elle n'est sou-
mise à aucune règle qui la jugerait. Mais elle ne remplit pas
seule toutes les fonctions nécessaires pour régler la foi des fidèles.
Elle-même, d'ailleurs, ne se donne pas comme règle exclusive :
elle témoigne par contre du fait que Jésus, qui n'a lui-même
rien écrit, a fait aux hommes le don de l'Église avec, liés en
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