ÉCRITURE ET TRADITION
sont subordonnées et articulées comme nous avons essayé de
l'expliquer. Elles font l'Église, comme instruments de l'action par
laquelle le Christ l'édifie.
L'Église est dans la Tradition comme son sujet humain (voir
ch. III). Elle est le milieu de cette vie dont le Saint-Esprit est le
principe transcendant. De son côté, l'Écriture est en rapports
intimes avec la Tradition: si elle est interprétée dans la Tradi-
tion, elle est aussi sa règle supérieure, au moins négative (en ce
sens que ce qu'elle contredirait devrait être considéré comme
erreur et vanité).
Nous croyons donc à l'insuffisance, on pourrait même dire à
l'inconsistance, si on les sépare l'une de l'autre, et, au contraire,
à l'implication réciproque, sous la causalité du Saint-Esprit qui
leur est commune, de ces trois réalités : Écriture, Tradition,
Église (ministère apostolique). Elles représentent les moyens que
Dieu a disposés ensemble, sous l'active et toujours actuelle
influence du Saint-Esprit, pour nous relier à la Révélation faite
une fois pour toutes. C'est dans leur affirmation solidaire et
complémentaire que résident l'équilibre et la force de la position
catholique, comme cela s'est manifesté particulièrement au cours
des travaux et des discussions qui ont précédé ou accompagné
les définitions dogmatiques de l'Immaculée Conception et de
l'Assomption.
Un excellent connaisseur des Pères a résumé leur position,
qui est celle de l' « Église indivise », en ces lignes qui concluront
tout le présent chapitre, en le résumant :
La Tradition et l'Écriture ne sont pas deux sources indépen-
dantes qui se compléteraient du dehors. Si nous sommes tentés de le
croire, c'est précisément que nous n'avons pas échappé aux disjonc-
tions malheureuses du protestantisme. Pour les anciens chrétiens, au
contraire, la Bible est si peu séparable de la Tradition qu'elle en
fait partie : elle en est l'élément essentiel, le noyau si l'on veut. Mais,
d'un autre côté, arrachée à l'ensemble vivant des multiples facteurs
traditionnels gardés et transmis par la conscience de l'Église, toujours
en éveil, toujours active, la Bible deviendrait incompréhensible. Elle
serait, en effet, détachée de la vie des objets même dont elle parle.
La Bible et la Tradition, pour le catholique, ce n'est donc pas la Bible
plus un élément étranger, faute duquel elle demeurerait incomplète.
179
