LA TRADITION ET LES TRADITIONS
orandi : la lex orandi n'est pas la liturgie, c'est le précepte évan-
gélique et apostolique de prier en tout et pour tout ce qui
implique de croire à la nécessité de la grâce, et c'est là la lex
credendi. Il reste qu'on peut connaître ce qu'il faut croire à partir
d'une prescription d'action. Mais ce bénéfice dépasse de beau-
coup celui d'une précision dogmatique : il comporte un aspect
plus intérieur. Nous percevons bien des choses parce que nous
les avons priées. Tel est le cas, par exemple, des attributs de
Dieu, sous le titre desquels nous l'invoquons et, en l'invoquant,
entrons en communion avec lui. Une grande partie de ce que
tient l'Église s'est dévoilée à elle dans la pratique sainte de sa
foi, de son espérance et de son amour. Aussi la liturgie est-elle
le lieu privilégié de la Tradition, non seulement sous son aspect
de conservation, mais sous son aspect de progrès. La part de
cette voie dans l'avancée progressive de la connaissance dogma-
tique est considérable. Il est clair, d'ailleurs, que de tels accrois-
sements doivent être contrôlés par un magistère se référant aux
normes objectives du kérygme apostolique et surtout, puisqu'il
s'agit de vérification, du témoignage scripturaire.
Le contenu. La liturgie est célébration, c'est-à-dire mémoire
active ou représentation efficace, dans le temps actuel du cos-
mos et de l'humanité, des mystères du salut révélés et effectués
une fois dans l'histoire. Elle est à la fois théologie, sotériologie,
anthropologie et cosmisme. La liturgie suit le temps naturel du
monde, rythmé par les saisons, les semaines, les jours et les
heures; elle suit la vie humaine, qui, petite histoire quotidienne
ou grande histoire, se déroule dans le cadre de ce temps naturel.
Elle y insère le fait du Christ, elle l'y rend présent afin qu'il y
soit principe de salut et de sainteté pour les hommes et le monde,
principe de gloire pour Dieu 7. Elle ne l'y insère pas seulement
par mode d'annonce et d'enseignement, mais, grâce à la réalité
sui generis de l'ordre sacramentel, par mode de réalité présente, en
étant cachée et révélée tout à la fois, et active, bien que sans auto-
matisme. Comme la Parole, qu'elle inclut d'ailleurs et assume,
la liturgie est ainsi, pour le Christ qui la remplit et qui y célèbre
en elle à la fois comme Roi, comme Prophète et comme Prêtre,
le moyen d'accomplir en l'homme la nouvelle création qu'il a
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