LA TRADITION ET LES TRADITIONS
sans l'aide éventuelle d'études savantes ¹¹, que cet art avec lequel
la liturgie rapproche les textes, en cite des passages ou évoque
des épisodes auxquels nous n'aurions pas pensé mais qui prennent
ainsi un sens d'une grande plénitude. Elle est elle-même toute
centrée sur le mystère pascal: c'est son cœur, puisqu'elle a pour
cœur la célébration eucharistique. Elle ne cesse de célébrer la
Pâque en célébrant l'eucharistie, en sorte qu'elle lit les Écritures
dans la lumière même à laquelle le Christ les a expliquées à ses
Apôtres, sur la route d'Emmaüs ou à Jérusalem, le jour même
de Pâques (Lc, 24, 27 et 44-45). En quelque point du monde
qu'on la célèbre, le lieu spirituel de la liturgie est toujours Jéru-
salem, le jour de la Pâque : elle en est comme l'actualité per-
manente.
Simultanément, obéissant à la visée et à l'exigence de l'Écri-
ture elle-même, la liturgie applique à l'homme, en son présent
quotidien, ce qu'elle fait connaître, célèbre et communique du
Christ. Elle le fait d'abord dans ses textes et ses prières. Elle le
fait aussi dans la prédication vivante qui l'accompagne comme
une partie intégrante d'elle-même. La liturgie appelle en effet ce
commentaire par lequel un sacerdoce qui est tout autre chose
que rituel, mais qui est essentiellement prophétique, étant évan-
gélique, apprend aux hommes fidèles comment «< aujourd'hui s'ac-
complit ce passage de l'Écriture que vous venez d'entendre 12 ».
Christologiquement: par le même mouvement que celui d'une
pleine animation biblique. C'est pourquoi tout renouveau litur-
gique s'est toujours accompagné d'un recentrement christolo-
gique.
Catholiquement.
On dirait aussi bien «< chrétiennement »>,
pour signifier que les chrétiens sont toujours inclus dans ce que
la liturgie annonce, célèbre et réalise. Il ne s'agit pas, pour elle,
d'un simple rappel des annonces bibliques et des faits de l'his-
toire du salut : il s'agit de procurer la réalisation de celle-ci dans
les hommes. C'est pourquoi la liturgie est le lieu où les chrétiens
ne sont jamais séparés du Christ: pas seulement en ce sens
qu'il ne peut exister de chrétiens sans Christ, point que les études
bibliques protestantes mettent bien en relief, mais en ce sens,
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