LES MONUMENTS DE LA TRADITION
très précisément, y sont les derniers grands héritiers de la culture
antique. Pourtant, le critère n'est pas entièrement adéquat. Il a
existé des Pères en dehors du cadre culturel gréco-latin : Pères
syriens, perses, arméniens, école de Nisibe, etc. Ils ont incontes-
tablement en commun avec ceux que tout le monde appelle les
Pères une certaine manière caractéristique de traiter l'héritage
dogmatique chrétien, manière que nous préciserons plus loin et
qui semble caractéristique des Pères à un niveau plus intime et
plus profond que celui de la culture gréco-latine. C'est parce
qu'on trouve en eux cette manière que certains auteurs de siècles
plus récents ont pu être classés parfois parmi les Pères : S. Bède,
Rhaban Maur, et même S. Bernard.
Une rapide enquête historique portant sur l'usage du titre
de « Pères » va, après nous avoir posé de nouvelles difficultés,
car cet usage nous apparaîtra multiple et peut-être même diffus,
nous mettre sur la voie d'une notion plus intérieure et plus satis-
faisante.
1. Le Nouveau Testament reprenait l'expression juive « les
pères », « nos (vos) pères » pour désigner les ancêtres qui avaient
été les témoins et les bénéficiaires immédiats des grands faits de
la promesse, de l'exode, de l'alliance sinaïtique, etc. 23. Par-des-
sus tout, Abraham était le père, et Yahvé était invoqué sous le
titre de «< Dieu de nos pères ». Ces usages se retrouvent parfois
dans la tradition chrétienne, où il arrive que « les Pères » désignent
les patriarches de l'Ancien Testament 24. Les Juifs avaient un
sens très vif du père comme de celui de qui l'on procède et sur
lequel on s'appuie 25. Le titre était étendu au maître 26 et il est à
présumer que cet usage a influencé l'emploi chrétien du vocable.
2. Le titre de « Père » a été attribué aux évêques ou pasteurs
du troupeau 27.
3. Il est donné à ceux qui ont défini la foi de l'Église ou sa dis-
cipline dans les conciles 28: usage qui s'est maintenu jusqu'à
nous.
4. Les docteurs éminents en doctrine et qui sont invoqués
comme témoins authentiques de la foi de l'Église 29. Ce sont eux
qui, cités soit conjointement avec les Pères des conciles antérieurs,
soit pour leurs écrits, fournissent l'argument patristique si déve-
loppé aux cours des querelles doctrinales des Ive et ve siècles
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