LA TRADITION ET LES TRADITIONS
(arianisme, nestorianisme, pélagianisme, monophysisme). Ce
sont normalement des évêques. Cependant, S. Augustin a, le
premier, invoqué l'autorité du prêtre Jérôme, qui venait tout
juste de mourir, comme celle d'un Père 30.
5. Dans la même acception, le terme a été appliqué spéciale-
ment, sinon réservé, aux papes. Ce fut en particulier le cas chez
les promoteurs de la réforme grégorienne et chez S. Grégoire VII
lui-même 31
•
6. Les initiateurs, modèles et législateurs de la vie monas-
tique 32. L'abbé lui-même, qui est cela pour son monastère,
porte plus spécialement le titre de « Père 33 ».
De cet éventail assez considérable d'usages, une signification
commune ressort. On a donné le nom de « Pères » à ceux qui ont
déterminé quelque chose dans la vie de l'Église, soit quant à sa foi,
soit quant à sa discipline ou son comportement. Les Pères sont,
pour S. Léon, «< ceux dont nous vénérons et suivons l'enseigne-
ment 34 ». On a été, sous quelque rapport, engendré par eux. Ce
qui fait de nous ce que nous sommes nous vient de plus haut
que nous, d'avant nous : c'est un héritage. Telle est sans aucun
doute l'idée qu'a eue le grand moment chrétien que nous appe-
lons le moyen âge. Mettant en œuvre la documentation des cano-
nistes, Ch. Munier écrit : « Du Ixe au XIIe siècle, les compilateurs
ont utilisé le terme Patres pour désigner toutes leurs auctoritates.
Ils ont compris sous ce vocable aussi bien les Pères de l'Église,
entendus au sens moderne du mot, que les souverains pontifes
et les membres des conciles. Les diverses acceptions du terme
Patres ont donc fusionné pour qualifier finalement tous les témoi-
gnages admis à exprimer le droit de l'Église (...). Atton de Ver-
ceil, vers le milieu du xe siècle, présente tous les garants de la
tradition canonique par les expressions: ius Patrum, sanctorum
Patrum edicta, ou sanctorum Patrum institutiones (...). Il serait
possible de recueillir de nombreuses formules de ce genre dans
les ouvrages de polémique suscités par la querelle des investi-
tures 35. » De fait, on pourrait ajouter plus d'une référence à
celles qui sont ensuite données et qui se limitent aux canonistes.
Citons, par exemple, ce texte significatif de Placide de Nonan-
tula: «< Sancti Patres, et praecipue apostoli vel evangelistae... qui
sententialiter diffinierunt 36 ». Tel est le sens qui revient aussi
194
