LES MONUMENTS DE LA TRADITION
dans l'expression si fréquemment employée, un véritable topos
ecclésiastique: Ne pas transgresser les frontières ou les règles
fixées par les Pères 37, par où l'on entend à la fois les auteurs
scripturaires, les Pères de l'Église, ceux des conciles, les papes,
bref, toutes les autorités normatives, tous ceux qui ont donné à
la tradition ecclésiastique les traits de son visage. Il serait aisé
de suivre ce sens cumulatif jusqu'à l'époque la plus récente.
Nous savons déjà que si les « Pères» ont pu ainsi déterminer
authentiquement quelque chose dans la vie de l'Église, c'est
parce qu'ils ont été « inspirés », éveillés, éclairés, guidés, fortifiés,
par le Saint-Esprit 38. C'est ainsi qu'ils sont eux-mêmes les
«< saints Pères »>, auteurs de quelque chose dans la sainte Église.
On sait que le moyen âge appelait les docteurs, qui sont pour nous
par excellence les Pères, Sancti : une expression qui, loin d'être
une formule banale, est pleine de signification 39. De fait, quand
on considère le rôle qu'ont joué un S. Athanase ou un S. Hilaire
pour la foi en la sainte Trinité, un S. Basile pour fixer la croyance
en la Personne divine du Saint-Esprit, un S. Jérôme pour donner
aux Latins un meilleur texte des Écritures saintes, un S. Augustin
pour la doctrine de la grâce, un S. Cyrille et un S. Léon pour
celle de l'Incarnation, ou encore les conciles correspondant à ces
divers chapitres, et après eux tant d'autres saints et d'autres
conciles, on comprend combien des hommes et des assemblées
suscités par Dieu et soutenus par son Esprit, pouvaient seuls
avoir une action aussi décisive pour déterminer, dans les conjonc-
tures et sur les points où ils furent appelés à le faire, la vie du
Peuple de Dieu. Il y a vraiment, dans la suite et l'ensemble de
telles tâches, une prolongation, toute subordonnée et seconde,
mais réelle, du rôle que joue, au niveau des fondements premiers,
les saintes Écritures, inspirées elles-mêmes au sens absolu du
mot 40.
Valeur privilégiée et moment historique des Pères. — Tout
comme ces Écritures, d'ailleurs, tout comme l'Église, la tradition
des Pères est humaine, très humaine. Ce n'est pas une épiphanie
de gloire, mais une œuvre de Dieu dans des vases fragiles et ter-
reux, une œuvre dont la ligne lumineuse n'est discernable qu'à
la foi, et à une foi qui, tout en assumant les apports de la raison,
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