LES MONUMENTS DE LA TRADITION
seulement jusqu'à une certaine date, aujourd'hui révolue; depuis
749, date où meurt S. Jean de Damas, ou 787, date du septième
concile œcuménique, l'Église Orthodoxe ne connaîtrait plus de
visite vraiment créatrice de l'Esprit et ne pourrait que répéter
et commenter les textes «< inspirés » des Pères et des conciles
anciens. Cette conception est fausse, dit le P. Georges Florovsky.
L'Église n'est pas seulement apostolique, elle est aussi, et du
même mouvement, patristique dans toute sa vie historique, c'est-
à-dire que la grâce des Pères existe en elle aujourd'hui et tou-
jours. Il le montre en ces termes remarquables, où s'exprime
une idée profonde, tant de la Tradition que du rôle providentiel
des Pères :
C'est seulement parce que l'Église est patristique qu'elle continue
d'être apostolique. Ce rapport peut se décrire de différentes manières.
Citons une autre hymne de l'office des trois docteurs : «< Par la parole
de la connaissance sont constitués les dogmes exprimés auparavant
par des pécheurs en paroles simples, dans la connaissance, par la
force de l'Esprit, car il fallait qu'ainsi notre simple vénération atteigne
sa pleine complexion. » Il y a donc deux stades dans l'affirmation de
la foi chrétienne. « Notre simple vénération » demande à « atteindre
sa pleine complexion ». Il y avait donc un appel intérieur, une logique
intérieure, une nécessité intérieure à atteindre cette complexion. En
vérité, l'enseignement des Pères est la même simple prédication trans-
mise et gardée par les Apôtres une fois pour toutes. Mais il lui était
nécessaire de s'exprimer entièrement et de se développer dans un
corps unique à l'articulation bien attestée, développée par la raison
(logos) et pourtant grâce à la force de ce même esprit. (...) Le terme,
l'esprit (ou la pensée) des Pères traduit une structure intérieure dans
la théologie orthodoxe; il est non moins important que la parole de
la sainte Écriture et il ne se sépare jamais d'elle. Comme l'a bien dit
dernièrement un écrivain estimé : « L'Église catholique de tous les
siècles n'est pas simplement l'enfant de l'Église des Pères, mais elle
est et reste l'Église des Pères. »
(...) Le nom « Pères de l'Église » se donne ordinairement aux
maîtres de l'Église ancienne. L'opinion que leur autorité et leur
crédit dépendent de leur ancienneté, de leur proximité à l' « Église
primitive », à l'Église des premiers siècles, règne généralement.
S. Jérôme a cependant déjà rejeté cette conception. En réalité, dans
la marche de l'histoire ecclésiastique, il n'y avait ni diminution de
l'autorité ni diminution de l'immédiateté de la connaissance spiri-
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