LES MONUMENTS DE LA TRADITION
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lectique comme tels, au risque de sous-estimer l'enseignement
actuel du magistère 46. Il se pourrait, en effet, qu'une préférence
systématique pour les Pères procédât d'un antiintellectualisme
douteux. Il se pourrait aussi qu'elle procédât, dans le catholi-
cisme d'aujourd'hui, d'un manque de confiance en ses propres
forces: il chercherait alors un appui dans des siècles passés,
d'une vitalité plus grande et plus naïve. Il se pourrait enfin
qu'elle procédât d'une idée toute historisante et documentaire,
statique et académique, de la Tradition, allant de pair avec une
insuffisante considération de l'Église vivante. Tel fut, nous l'avons
vu, le cas des jansénistes et parfois des gallicans, ainsi que des
historiens qui appuyèrent le schisme vieux-catholique, Döllin-
ger par exemple. Tel est le danger que recèle un usage trop
peu nuancé du « canon lérinien », usage par lequel on interdi-
rait à l'Église de vivre autrement qu'en répétant son passé, et
de dépasser jamais les formes de son enfance.
On risquerait ainsi de blesser gravement le caractère mission-
naire de l'Église, c'est-à-dire la mission qu'elle a reçue, avec la
grâce correspondante, de rendre l'Évangile coextensif et présent
à toute l'histoire humaine. Le travail qu'ont accompli les Pères,
d'exprimer et d'expliquer l'Évangile dans le logos de la culture
antique, est à faire aujourd'hui et sera à faire demain, à l'égard
d'autres mondes humains. A cet égard, les Pères ont eu un rôle
historiquement conditionné et défini, qui ne doit pas stériliser
ou interdire, mais au contraire inspirer et stimuler d'autres
rôles historiques analogues. Pour les remplir, l'Église de tous
les temps et de chaque siècle demeure aussi pleine de sève et
de promesses que l'Église des Ive et ve siècles.
Pourtant, l'époque des Pères garde quelque chose de parti-
culier et de privilégié. Il faut le reconnaître, non par quelque
goût romantique du primitif ou de l'enfance, mais au nom de
ce que représente, historiquement, cette époque, dans la vie de
l'Église. Elle représente le moment où le dépôt de la foi apos-
tolique a été précisé par rapport à certaines interprétations reje-
tées comme hérétiques. C'est le moment où la foi prend, pour
la première fois, forme et expression dans un discours humain.
Les Apôtres et le simple kérygme de la prédication n'avaient
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