LES MONUMENTS DE LA TRADITION
ment, comme nous l'avons montré plusieurs fois déjà. Notre
foi en la sainte Trinité, en la Personne du Saint-Esprit, en Jésus-
Christ vrai Dieu et vrai homme, en la grâce, en l'eucharistie,
la Vierge Marie, en l'Église et son sacerdoce, est tout ensemble
entièrement biblique et entièrement patristique. On pourrait
dire la même chose de presque tous les autres points que nous
tenons. Ce qui est commun à tous ceux auxquels a été attribué
le titre de « père », mais surtout aux Pères par excellence, c'est
une certaine paternité à l'égard de l'Église, dont ils ont, à quelque
degré, déterminé la vie.
Il est vrai qu'ils l'ont fait à l'intérieur d'une Église déjà consti-
tuée par les réalités strictement divines que sont la foi et les
sacrements de la foi 50. Il est vrai qu'ils ont enseigné à l'Église
ce qu'ils avaient appris d'elle, comme le dit S. Augustin 51.
S. Basile 52, S. Jean Chrysostome 58 parlent de même. Au fond,
les Pères ont été à la fois les fils de l'Église et ses pères. Ils ont
été ses fils parce qu'ils ont vécu dans sa communion et d'elle,
et ceci à une autre profondeur, avec une autre intégrité et une
autre densité que celles d'un conformisme extérieur. Ils ont vrai-
ment vécu, pensé et parlé in medio Ecclesiae. Origène le reven-
dique avec l'humble fierté du génie : « Moi, homme de l'Église,
vivant dans la foi du Christ et placé au milieu de l'Église 54. »>
Oui, les pères ont vécu de l'Église et ils auraient volontiers pro-
clamé qu'ils avaient tout reçu d'elle. Et pourtant, ils ont été ses
pères parce qu'ils l'ont, à quelque degré, engendrée, nourrie,
éduquée et instruite. Ils l'ont été en vertu d'une vocation qui
leur était adressée au moment historique décisif où l'Église avait
besoin qu'ils le fussent. Ce n'est pas tellement par leur génie
personnel, s'ils en avaient, que les Pères ont joué ce rôle, de
façon individuelle, c'est beaucoup plus en raison d'une mission
et d'une grâce répondant à un moment historique défini. C'est
pourquoi sans doute leur paternité appartient moins à telle ou
telle personnalité individuelle qu'à leur ensemble: on parle des
Pères, au pluriel, des saints Pères, et le fait n'est pas sans signi-
fication 55.
Ce moment historique défini fut celui de l'Église en sa jeu-
nesse. Non sa naissance, ni ses toutes premières années, mais ce
moment d'une existence où l'on forme, en son esprit et en sa
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