
LA TRADITION ET LES TRADITIONS
pasteurs, et aussi de l'Église universelle: Athanase et Hilaire
sont pour l'univers chrétien les défenseurs de la foi en face de
l'arianisme, et ce n'est pas par hasard que le second, revenant
d'exil, parcourt la Gaule avant de rentrer à Poitiers. Cyrille
d'Alexandrie a souci de ce qui est prêché à Constantinople (...).
Augustin fut « vraiment la conscience de la chrétienté d'Occi-
<< dent >> au long de son épiscopat qui, pourtant, ne le constituait
chef que d'un infime territoire 61. » Augustin était consulté, sol-
licité de partout. Il était obligé d'établir un ordre d'urgence et
d'importance, en vue d'assurer un meilleur service 62.
2º Pasteurs, les Pères sont voués à la communication, l'illus-
tration et la défense du mystère chrétien. Le mystère chrétien
n'est pas pour eux seulement un objet d'étude, c'est une réalité
dans laquelle et de laquelle ils vivent, qu'ils célèbrent, qu'ils
prient, à laquelle ils communient et dont ils ont fait une assimi-
lation réelle. La théologie qu'ils développent ne met pas en
œuvre seulement les ressources du logos humain - elle le fait,
parfois, avec virtuosité, mais les ressources proprement reli-
gieuses d'une connaissance liée à la vie dans le Christ par la
grâce du Saint-Esprit. S'ils ont été généralement des évêques,
les Pères ont été d'abord des moines: ce ne sont ni les évêques
ni les moines qui ont fait la chrétienté, ce sont les évêques-
moines. Le travail des Pères est mêlé de prière, de jeûne, des
exercices du combat spirituel et de la vie d'union à Dieu. Cela
donne à tant de leurs pages cet accent qui les assimile aux «< récits
d'un témoin oculaire sur le pays où il est né 63 ». Auprès des
Pères, on trouve une sorte d'immédiateté du contact avec les
réalités de la foi. Cela relève bien, en effet, du rôle du témoin :
ils sont des témoins de la Tradition entendue au sens réel que
nous avons expliqué. Par eux, on communique avec le christia-
nisme en sa réalité et en ses valeurs en quelque sorte germina-
tives. Pour les mêmes raisons, on trouve aussi chez eux ce climat
de connaissance totale qui est l'un des idéaux de l'anthropologie
chrétienne dans son effort pour recomposer l'homme dans l'unité
et la totalité de son être fait à l'image de Dieu. « Pour la vérité
totale, il faut la totalité de l'être 64. » Cette unité retrouvée de
l'homme total est le sommet de la « sagesse », c'est-à-dire d'une
réalisation complète de l'homme chrétien, que les Pères et les
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