LES MONUMENTS DE LA TRADITION
anciens ont cherchée par le dedans alors que nous sommes
aujourd'hui excessivement voués au-dehors.
3º La même note de totalité caractérise la théologie des Pères
au point de vue de son contenu : le résultat objectif répond aux
conditions subjectives du travail. Les Pères voient toujours l'unité
de la foi et de la réalité chrétienne. Le tout en est toujours
présent chez eux, parce qu'ils ne parlent jamais d'une partie
sans la référer à ce tout, au centre et à la fin de tout. C'est ce qui
explique le fait, si frappant dans leurs écrits, qu'ils ne parlent pas
de l'eucharistie, par exemple, sans évoquer toute l'économie
chrétienne d'alliance et de rédemption, c'est-à-dire tout le mys-
tère chrétien et ainsi semblablement pour les autres articles.
Ces articles ne sont pas, pour eux, des « thèses » particulières,
« prouvées » chacune par quelque « autorité », mais un moment
du mystère chrétien dont l'histoire du salut, attestée dans les
Écritures, est le dévoilement. Aussi existe-t-il une sorte de pré-
sence mutuelle, de compénétration, de « circumincession » de
toutes les parties ensemble 65. Si, comme nous l'avons vu, le
génie et la grâce de la Tradition sont génie et grâce de synthèse,
aussi contraires que possible à l'esprit de secte ou d'hérésie, les
Pères nous apparaissent, une fois de plus, intérieurement congé-
niaux à la Tradition: ils sont (sans exclusivisme ni autonomie,
certes!) la Tradition vivante de l'Église. Leur théologie n'est pas
dispersée en élaborations particulières, mais toute vouée à expo-
ser et à illustrer le mouvement essentiel de la Révélation et de
l'économie du salut qui va de Dieu, par le Christ, à l'Église
comme sacrement de l'alliance et du salut.
Dom O. Casel en a résumé les grands enchaînements dans ces
propositions 66: théocentrisme absolu : Dieu est la première et,
en un sens, unique réalité; tout le reste est vu dans son rapport à
Dieu (théonomie). Dieu est pleinement Créateur. La créature
n'est considérée que depuis Dieu. La force qui la meut vers son
affranchissement, son unité et sa perfection est l'Esprit de Dieu,
qui opère en toute créature. Cela se produit par le Christ: la
pensée des Pères est christocentrique. Le Christ agit comme chef
de l'ekklèsia : tout le salut passe par l'Église. La pensée des Pères
est ecclésiocentrique. La vie de l'Église s'accomplit par les rites
des mystères : la pensée des Pères est mystérocentrique. L'Église
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