LES MONUMENTS DE LA TRADITION
peut remplir en montrant que telle ou telle croyance appartient
aux couches les plus anciennes, et donc au dépôt, de la Tradi-
tion ", il nourrit en nous une intelligence authentique et riche
du rapport d'alliance réalisé dans le Christ et dans l'Église 72.
B) RAPPORT ENTRE LA TRADITION
ET SES MONUMENTS
Un historien, qui est aussi un moine, a écrit: «La Tradition
ne relève (donc) pas de l'Histoire : de même que sa catholicité
ne dépend pas des statistiques qui permettent de constater l'uni-
versalité de l'Église, la Tradition ne dépend pas des documents
écrits qu'elle a laissés dans le passé 73... » On ne peut poser plus
vigoureusement le problème des rapports existant entre la Tra-
dition et les monuments ou documents de cette même Tradition.
Entre les deux, il n'y a pas identité. Déjà, nous l'avons vu, on
ne peut identifier les Écritures et la Révélation: la Bible n'est
qu'un témoignage ou un monument de la Révélation. Cependant,
ici, le témoignage ou le document porte, comme tel et dans son
existence de document, la garantie absolue de l'autorité divine.
Il en va proportionnellement de même pour les définitions dog-
matiques de l'Église, mais non pour la masse des autres monu-
ments de la Tradition. Nous avons reconnu, entre la Bible et la
Parole de Dieu, cette différence que le livre existe en lui-même,
tandis que la Parole est dite à quelqu'un et qu'elle existe dans un
sujet vivant, en lequel un acte de Dieu est produit et reçu.
De même, toutes proportions gardées, les monuments de la
Tradition sont des réalités objectives et historiques; la Tradition
est une réalité théologique qui suppose une action du Saint-Esprit
dans ce sujet vivant qu'est l'Église, Peuple de Dieu et Corps du
Christ. Il ne peut y avoir un traité valable de la Tradition sans
considération de l'action par laquelle Dieu continue à « inspirer »
l'Église, au sens qu'une suite continue de témoignages ont clas-
siquement donné à ce mot. C'est cette action qui est constitutive
de la Tradition au sens dogmatique de l'expression. Tout usage
qui réduit cette expression à désigner seulement des documents
historiques reste en deçà de sa valeur théologique et risque
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