LA TRADITION ET LES TRADITIONS
d'être ambigu. Pourtant, on emploie souvent le mot « tradition »
pour désigner un ensemble de témoignages historiquement sai-
sissables : c'est le cas, non seulement du classique « Probatur ex
Traditione » des manuels, mais d'énoncés officiels du magistère 74.
La distinction que nous venons de faire entre les monuments
de la Tradition et la Tradition elle-même, était, en son fond,
connue des siècles anciens 75. Cependant, elle n'a guère pu s'éla-
borer, mais elle a dû l'être alors qu'au moment où une véritable
connaissance historico-critique du passé, affranchie de toute
situation ancillaire par rapport au dogme, non seulement s'est
constituée, mais s'est appliquée aux données qui sont les réfé-
rences de la foi chrétienne : Bible, Pères, histoire de l'Église et
de ses institutions.
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La crise s'annonçait maladroitement, comme beaucoup de
crises dans l'entreprise d'un Richard Simon; elle était engagée
déjà dans l'affrontement entre croyance traditionnelle et cri-
tique des Philosophes ou de certains biblistes protestants du
XVIIIe siècle. Depuis l'école protestante de Tubingue et dans le
libéralisme protestant du XIXe siècle, la crise était déclarée 76.
Elle n'a atteint son point culminant, dans l'Église catholique,
qu'avec le modernisme ". On ne peut pas dire qu'elle ne soit
plus ouverte ou qu'elle ne menace pas de se rouvrir, avec la
critique biblique, avec l'entreprise bultmanienne de « démythi-
sation 78 ». Ce sont les mêmes problèmes, même s'ils étaient posés
de façon moins radicale et s'appliquaient à un sujet moins brû-
lant, qui se sont retrouvés au fond de certaines discussions au
moment où se préparait et s'annonçait la définition de l'Assomp-
tion corporelle de la Vierge Marie 79.
Dans ce dernier cas, le problème était de savoir si l'on pouvait,
et à quelles conditions, affirmer au nom de la « Tradition » un
fait inconnu comme tel des Écritures et pour lequel on ne trou-
vait aucune attestation dans les monuments les plus anciens de
la Tradition. Comment parler de Tradition en une telle absence
ou pénurie d'attestations? Dans le domaine de la critique évan-
gélique et biblique, le problème était multiple: date de la compo-
sition des documents, détermination de leur genre littéraire,
valeur historique, soit des récits miraculeux, surtout les plus mer-
veilleux, soit des discours dogmatiques mis par le IVe Évangile
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