LES MONUMENTS DE LA TRADITION
dans la bouche de Jésus, enfin, en liaison avec tout cela, coïnci-
dence ou divergence entre le Christ de la foi et le Jésus de l'His-
toire...
M. Blondel avait répondu à Loisy : la jonction entre le Christ
de la foi et le Jésus de l'Histoire s'opère dans la Tradition, qui
dispose, pour éclairer les documents et lire en eux au-delà de
leur lettre, de l'expérience directe de ce sur quoi les textes se
contentent de porter un témoignage. Mais la Tradition elle-
même est mise en cause. Ou plutôt, dans le cadre de la réponse
de Blondel dont elle est la pièce maîtresse, il faut préciser sa
nature.
La théologie catholique l'a fait en distinguant entre « tradition
historique » et «<tradition théologique 80 ». La première est la série
des témoignages accessibles, la seconde est la croyance prêchée
et professée par l'Église. Ce ne sont pas des réalités de même
nature, ni qui se situeraient au même niveau. Au fond, la posi-
tion catholique pourrait se résumer en ces propositions, que les
pages suivantes commenteront: 1º Les documents ne sont pas
les seuls principes constitutifs de la Tradition. Celle-ci ne peut,
ni se concevoir ni se définir sans qu'on inclue, dans sa notion
son sujet vivant, qui est, souverainement, le Saint-Esprit, visible-
ment, l'Église et, en elle, son magistère institué et assisté.
2º L'Église et le magistère n'ont aucune autonomie par rapport
au dépôt. Mais le dépôt ne s'identifie pas avec les documents ou
monuments. A l'égard de ceux-ci, Église et magistère, tout à la
fois, sont liés, et disposent de ressources qui dépassent celles de
la pure attestation documentaire.
On peut proposer des analogies pour faire percevoir la diffé-
rence. Dans notre expérience humaine, les expressions que nous
pouvons en donner n'épuisent pas le contenu de notre conscience.
<< On n'a prise sur le contenu de la conscience que dans la mesure
même où elle se formule; mais cette formulation n'épuise pas
son contenu et c'est finalement le contenu vécu qui demeure
l'essentiel, le permanent, à travers toutes les formulations suc-
cessives qui peuvent le manifester 81. » On peut évoquer d'autres
analogies prises du domaine des choses sacrées. Il y a, par
exemple, la Bible lue critiquement, comme l'histoire du peuple
d'Israël, et les Écritures comprises comme histoire sainte. Il y a
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