LES MONUMENTS DE LA TRADITION
réalité le Saint-Esprit et l'Église comme création de grâce.
C'est ce que nous semblent faire, malheureusement, bien sou-
vent, les protestants. Ils parlent des questions de Tradition en
utilisant des critères de type humaniste, purement historiques et
critiques. J. Ev. Kuhn le reprochait déjà à D. F. Strauss à
propos des Évangiles (1836 s.). Il existe peu d'espoir, à notre
avis, de faire un chemin décisif pour surmonter nos oppositions
à ce sujet, tant que la pensée protestante n'aura pas une théologie
plus positive de l'Église, de l'action du Saint-Esprit dans cette
Église, de l'expérience des réalités chrétiennes comme source de
ce que l'Église a conscience de devoir tenir à leur sujet.
Nous sommes sensibles aux dangers possibles de la thèse
catholique qui se réfère à cette action, à cette expérience, mais
surtout à l'assistance promise au magistère pour exercer, sans
dévier, la mission apostolique d'enseigner tous les peuples. Le
danger, du côté de l'expérience des réalités chrétiennes, serait de
dévaloriser la Révélation comme parole attestée en la concevant,
à la manière de Tyrrell, comme une prise de conscience progres-
sive, par l'Église, des dons spirituels dont elle vit 84. Le plus
qu'on puisse admettre en ce sens, est que, touchant des réalités
données comme telles à l'Église, certains jugements catégoriques
puissent être reconnus vrais, de la vérité qui appartient à une
attestation de Dieu, se déclarant dans la foi de l'Église, alors
qu'il n'existe aucun texte scripturaire particulier fondant immé-
diatement ce point.
Le danger, du côté de l'enseignement de l'Église, serait de lui
attribuer une autonomie par rapport à l'attestation documentaire,
de même qu'à la tradition dogmatique par rapport à la tradition
historique 85. Ce danger nous est apparu, au cours de notre
enquête historique, soit sous la forme d'une absolutisation du
magistère, soit sous celle d'une distinction entre une « positive
des sources »>, vouée à l'insuffisance, et une « positive du magis-
tère », soit enfin sous celle d'une considération de la conscience
de l'Église comme justifiée a priori, une fois pour toutes, par
la promesse de Dieu et constituant en elle-même, sans autre
référence, la norme de la foi. Voici comment Dom J. Leclerq,
un historien! continuait le texte dont nous avons cité le début :
211
