LA TRADITION ET LES TRADITIONS
Le critère d'orthodoxie n'est pas l'antiquité, mais la transmission
légitime, et la méthode à suivre pour discerner quelle est la tradi-
tion en matière de foi n'est pas d'interroger le passé - c'est là une
méthode historique, mais de se fier, à chaque époque, au magis-
tère contemporain.
Un des hommes qui connaissent le mieux les écrits de l'anti-
quité, le P. Hugo Rahner, écrivait de son côté, à propos de la
doctrine de l'Assomption de Marie :
La suprême garantie qu'on se trouve en présence d'une foi aposto-
lique n'est ni la seule histoire, ni la philologie, ni la logique, quelle
que soit d'autre part l'utilité ou même la nécessité de ces branches
du savoir, mais le seul fait de la croyance actuelle de l'Église 8.
Nous estimons ces énoncés trop unilatéraux, en ce qu'ils ne
marquent pas le conditionnement de l'Église en sa croyance, et
du magistère en son enseignement, par le donné objectif dont
l'Église dit que c'est un dépôt. Or, le magistère lui-même pro-
clame n'avoir aucune puissance de création et ne faire que pro-
poser et interpréter le dépôt 87. Certes, il n'identifie pas ce dépôt
avec le matériel documentaire qu'atteint l'historien. A l'égard
du dépôt lui-même, le magistère n'a aucune indépendance: il ne
peut proposer à la foi des fidèles que ce qui est garanti par l'attes-
tation de Dieu. Mais cette attestation peut, comme nous l'avons
dit plus haut, être reconnue au-delà du document formel, bien
que non sans rapports avec le Document suprême de la Révéla-
tion divine, la sainte Écriture prise dans son ensemble.
De même que l'Église catholique, tout en sachant que la foi
ne se ramène pas à ses raisons humaines, tient qu'elle a légiti-
mement de telles raisons et qu'un dialogue est ainsi possible
entre le croyant et l'homme naturel, de même tient-elle que sa
Tradition a des appuis documentaires qu'elle peut montrer à
l'historien qui lui demande des comptes. Elle n'est pas sans pos-
sibilité de dialogue avec l'historien, mais elle lui demande de
l'accepter pour ce qu'elle est, irréductible à ce que l'historicisme,
en ses limites propres, ne croit pas pouvoir dépasser. Les rap-
ports entre la tradition dogmatique et la tradition historique, la
Tradition de l'Église et celle de l'historien, ne sont pas ceux
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