LES MONUMENTS DE LA TRADITION
d'un passage facile de l'un à l'autre plan. Pour le pur historien,
il n'existe pas d'au-delà à ce qui est documentairement attesté.
Pour l'Église, il y en a un, parce que son ordre d'existence est
original par rapport à l'Histoire, et supérieur, bien qu'elle vive
dans l'Histoire et qu'elle y inscrive de nombreux témoignages
de sa foi.
La référence au Texte et au document reste pourtant, pour
l'Église, une garantie nécessaire. Son magistère n'est assisté que
pour proposer, expliquer et définir le révélé : tout son pouvoir
se fonde sur sa mission de témoignage. C'est pourquoi il doit
s'assurer et rechercher les services des fonctions qui, dans l'Église,
sont vouées plus spécialement, soit à rechercher la Tradition
dans les monuments de la Tradition - c'est la tâche de la théo-
logie positive, soit à montrer à l'homme rationnel que la foi
n'est pas sans raisons ni la Tradition sans appuis documentaires.
Le magistère lui-même est, de plus, investi d'une fonction de
surveillance, qui comporte une critique des développements trop
luxuriants de la piété dans l'Église, de ce qui se dit et se prêche
en elle, du point de vue de la plénitude et de la pureté du dépôt :
cette tâche exige qu'il existe, dans l'Église, une grande vitalité
des sciences du « donné », une grande attention à leurs conclu-
sions, encore qu'elles ne soient pas les maîtres et que le pro-
noncé du dernier mot ne leur appartienne pas. De tout cela,
nous avons déjà parlé plus haut.
La Tradition est synthèse : elle est documents et réalités,
donné et vie par l'Esprit, norme objective et sujet vivant. On
ne la considérerait pas adéquatement si l'on voulait la réduire à
l'un seulement de ses éléments.
