LA TRADITION ET LES TRADITIONS
tutif du rapport religieux. Quand on suit les efforts si intéres-
sants faits par les théologiens protestants contemporains tou-
chant, par exemple, la question du Canon des Écritures, ou
même la Tradition, on s'aperçoit qu'ils sont poursuivis dans
l'oubli ou l'absence de l'Église, voire même, inconsciemment ou
intentionnellement, avec le propos de se passer d'elle : il faut
une Écriture qui se fasse reconnaître elle-même, une tradition
qui ne doive rien de sa valeur à une Église animée par le Saint-
Esprit, mais uniquement à l'Écriture, et ainsi de suite.
2º Un oubli ou une méconnaissance semblable, ou un propos
semblable d'exclusion du ministère considéré comme autre chose
et plus qu'une organisation humaine ou un simple élément de
bon ordre, à savoir comme une continuation, dans l'Histoire,
du ministère par lequel les Apôtres ont commencé de répondre
à la mission intimée par le Seigneur : « De toutes les nations
faites des disciples, les baptisant..., leur apprenant à garder ce
que je vous ai prescrit. Et moi je suis avec vous pour toujours,
jusqu'à la fin du monde » (Mt, 28, 19-20). Elle fut lourde de
conséquences la décision que prit Calvin de limiter à la per-
sonne et au temps des Apôtres la mission du ministère aposto-
lique, affectée des charismes et des pouvoirs correspondants.
Elle a longtemps motivé un véritable abstentionnisme mission-
naire. Elle s'est unie au propos de n'attribuer d'autorité qu'à
l'Écriture, et, aux prédicateurs, celle-là seule qui pouvait venir à
leur parole du fait qu'elle traduisait fidèlement l'Écriture. Tous
les Réformateurs, toute la théologie protestante, refusent de
reconnaître quelque autorité propre à un ministère institué, c'est-
à-dire d'y voir un des moyens institués par Dieu pour réaliser
avec les hommes son alliance salutaire et les faire vivre dans la
foi. Or c'est là un des éléments essentiels de l'idée catholique
de Tradition.
3º La concentration de tous les moyens de grâce ou de réali-
sation du rapport religieux, sur la seule Parole de Dieu, prati-
quement identifiée à l'Écriture. Il y aurait beaucoup à dire, déjà,
sur cette identification, dont on rencontre des exemples à chaque
pas. On dit parfois que, chez nous, l'Église est finalement le
seul sacrement: quelque discutable que soit cette affirmation, il
nous semble que, par contre, l'Écriture est, dans la perspective
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