LA TRADITION ET LES TRADITIONS
réformes continentales et la théologie protestante. L'anglica-
nisme mériterait une étude particulière, mais cela nous entraî-
nerait trop loin, sans grand profit pour le dialogue que nous
désirons engager ici. L'article de la Tradition est un de ceux,
un des rares, dirions-nous, où l'anglicanisme pourrait jouer le
rôle d'Église-pont qu'il rêve de tenir car, étant foncièrement
scripturaire, il ne laisse pas d'avoir une attitude très positive
sur les deux points décisifs en la question, de la Tradition et
du ministère 14.
II.
CRITIQUES PROTESTANTES A LA THÉOLOGIE CATHOLIQUE DE
LA TRADITION.
Il s'agit ici du protestantisme pour lequel les Écritures sont
une norme d'une valeur absolue : le libéralisme doctrinal ayant
abandonné ce principe, n'éprouve aucune difficulté à mettre ce
qu'il appelle la tradition sur le même pied que l'Écriture, qu'il
a descendue de son trône, et à proclamer que, dans ces condi-
tions, il n'y a plus de problème 15. Nous préférons la franche
opposition des dogmatiques à cette approche apparente d'un
libéralisme qui méconnaît ce qui nous est le plus cher.
Si l'on fait abstraction d'objections mineures, qui relèvent
plus de la polémique ancienne que du dialogue nouveau 16, les
théologiens protestants n'articulent, au fond, qu'une critique,
reprise sous différents aspects. La doctrine catholique de la Tra-
dition leur semble faire, de l'Église et même, en fait, du pape,
la seule règle sans appel.
Dès lors l'Église dépossède l'Écriture, et donc Dieu, de la
souveraineté, pour s'égaler à elle et même se mettre au-dessus
d'elle. «< Ils ont voulu régner sans Dieu et sans sa Parole », écrit
Calvin 17; et encore : « La prééminence est ravie à Dieu pour
la transporter aux mîtres et aux crosses 18. » De nos jours, ce
reproche est sans cesse articulé par nos amis protestants : pra-
tiquement, disent-ils, en attribuant à la Tradition de l'Église
une valeur de source et de norme pour la foi, nous mettrions
la tradition au-dessus de l'Écriture, et l'Église au-dessus de la
tradition. On écrit, par exemple : « Il est arrivé pour la Tradi-
tion, au (premier) concile du Vatican, ce qui était arrivé pour
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