LA TRADITION ET LES TRADITIONS
tion de ce qu'il faut bien appeler des traditions différentes. On le
reconnaissait dès 1937 32. Le problème s'est imposé avec une
intensité telle que la Conférence de la Commission << Foi et
Constitution » du Conseil œcuménique des Églises (Division des
Études), réunie à Lund en 1952, proposa l'institution d'une
Commission théologique d'étude qui devint, en 1954, une Com-
mission spéciale, avec une section en Europe et une en Amérique
du Nord, pour étudier le thème : « Tradition et traditions. »
Nous avons nous-mêmes repris ce beau titre, sans nécessaire-
ment mettre dessous le contenu précis que « Foi et Constitution >>
y mettait. Dans le Conseil œcuménique, on entend par les tra-
ditions les formes concrètes du christianisme tenues parce qu'elles
ont été reçues. Elles constituent un fait humain, historique.
Concrètement, chacun vit dans et selon certaines traditions. On
entend par la Tradition ce qui existe derrière cela : la réalité du
don de Dieu fait au monde, de Jésus-Christ « livré », bref, le
christianisme, l'essentiel du message salutaire. La Tradition a
une valeur normative.
Dès 1955, le thème ainsi défini était un de ceux autour desquels
se concentrait le dialogue œcuménique. Il doit faire l'objet des
travaux de la seconde Section de la IVe Conférence mondiale de
<< Foi et Constitution », à Montréal, en juillet 1963.
Les protestants ont été ainsi amenés à reconnaître qu'ils ont,
eux aussi, une tradition, au moins au sens empirique du mot.
Mieux : qu'ils vivent d'une tradition en laquelle ils trouvent leur
éthos, les formes selon lesquelles a été éduquée leur humanité
religieuse 33. Ils le reconnaissent d'autant plus volontiers qu'ils
s'intéressent à la vie communautaire de leur Église, à son culte.
Oui, l'Église de la Scriptura sola ne vit pas de l'Écriture seule :
comme les autres, elle lit l'Écriture dans une tradition 34. Il
arrive même qu'elle le reconnaisse et en fasse une norme, comme
fait, en son préambule, la Constitution de l'E. K. D. (Église évan-
gélique en Allemagne) : elle définit sa propre base comme étant
l'Évangile de Jésus-Christ conformément aux Écritures de
l'Ancien et du Nouveau Testament et aux Confessions ecclé-
siastiques, pour l'intelligence desquelles les confessions de foi de la
Réforme reçues dans les Églises ou communautés-membres (luthé-
rienne, réformée, unie) sont régulatrices (massgebend).
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