LA TRADITION ET LES TRADITIONS
ouvrages de théologie protestante citer des témoins de la Tra-
dition au titre d'une interprétation valable du christianisme dans
la trame d'une histoire d'où la conduite du Saint-Esprit n'est
jamais absente.
2º Une nouvelle considération de la Tradition.
Les changements que nous venons d'évoquer se sont accom-
plis dans le climat d'un œcuménisme s'affirmant de plus en plus
comme la chose voulue par Dieu, suscitée par sa sainte Grâce et
apportant à tous ceux qui s'y ouvrent une lumière joyeuse, une
assurance dilatante, qui sont elles-mêmes le signe irrécusable
que là est la voie véritable. On est loin, aujourd'hui, de la vue
étroite et courte qui a conduit les réformateurs du xvre siècle à
ne considérer la Tradition que sous l'angle des traditions et à
traiter celles-ci de Menschensatzungen, de vaines observances
inventées par les hommes. Les théologiens protestants d'aujour-
d'hui le reconnaissent : ce que les Réformateurs ont attaqué, sous
le nom de «<< traditions », n'est pas ce que les Pères appelaient
Tradition 38. Les Réformateurs avaient hérité d'une situation de
dissociation malsaine entre Écriture, Église et Tradition, dont
les rapports étaient trop souvent présentés comme des rapports
de concurrence entre des autorités dont l'une devait primer
l'autre 39. Les théologiens protestants reconnaissent aujourd'hui
que la question Écriture-Tradition ne doit pas être posée en
termes d'opposition, comme si la première était Parole de Dieu
et la seconde pure parole humaine, soupçonnée par principe
d'être fallacieuse 40. Tel d'entre eux 41 reproche même à Karl
Barth d'avoir simplifié la question d'une manière caricaturale et
finalement stérile, en ne la voyant que comme une opposition
entre Écriture et Tradition (ou Église) et une subordination pure
et simple de l'une à l'autre. Or, « d'une manière à peu près géné-
rale, aussi bien parmi les catholiques que parmi les évangéliques,
la conviction s'est fait jour que le rapport mutuel ne peut plus
désormais être décrit de façon adéquate en catégories d'opposi-
tion 42 ». Le débat, qui piétinait depuis quatre siècles, s'est renou-
velé. Presque tous les théologiens protestants qui ont abordé la
question ces dernières années recherchent, au-delà d'une oppo-
sition simpliste, des rapports positifs entre Écriture et Tradi-
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