LA PENSÉE PROTESTANTE CONTEMPORAINE
On pourrait longuement multiplier les citations de ce genre 52.
Mais nos auteurs vont plus loin. Cette famille suscitée par la
Révélation scripturaire, en effet, ne s'arrête pas aux frontières
d'une Confession particulière : elle est, par nature, œcuménique,
et s'étend à tout le christianisme, à travers toute son histoire. Ici
aussi les Réformateurs pourraient être invoqués. Luther disait,
l'avant-veille de sa mort, au moment même où s'élaborait, à
Trente, le décret sur les Écritures et les traditions : « Personne
ne comprendra les Bucoliques s'il n'a été longtemps pasteur...
Que personne ne croie posséder comme il faut les saintes Écri-
tures s'il n'a, pendant cent ans, gouverné les Églises avec Élie et
Élisée, avec Jean-Baptiste, le Christ et les Apôtres 53. » Nom-
breux sont aujourd'hui les théologiens protestants qui professent
qu'on ne peut séparer la Bible de la lecture qui en a été faite, de
la compréhension qu'on en a eue, de l'expérience qu'elle a sus-
citée, dans l'Église de tous les temps. Chaque membre, chaque
groupe, chaque époque n'en a eu qu'une compréhension frag-
mentaire, seule l'Église totale en a l'intelligence. Cela nous ren-
voie à la Tradition de l'Église qui est, dit M. Regin Prenter,
<< la mémoire de ce qu'elle a entendu précédemment de la Parole
vivante de Dieu, en quoi Dieu lui-même se trouve présent et
actif 54 ». Max Thurian écrit de son côté :
Tant que l'Église ne sera pas une, notre fidélité à l'Écriture dans
la répétition du dogme et dans la confession de foi restera en deçà
de toute plénitude possible dans la communion d'amour. Nous rejoi-
gnons, en le corrigeant, le pasteur Bardet, lorsqu'il écrit, dans son
opuscule sur Le Dogme dans l'Église : « Nous devons affirmer... que
hors de la communion avec les Églises traditionnelles, la fidélité à la
lettre du dépôt révélé n'est pas suffisante» (Lausanne, 1939, p. 34) 55..
...
Le principe de la lecture personnelle de la sainte Écriture
comporte, dans la Réforme, nous l'avons vu déjà, la très décisive
affirmation du témoignage intérieur du Saint-Esprit. Ainsi le
rapport religieux de la foi se nouait-il entre la conscience et
Dieu, sans autre principe constitutif que l'œuvre immédiate de
Dieu lui-même : sa Parole et son Saint-Esprit 56. Le discernement
de la vérité était transporté du pouvoir hiérarchique (extérieur),
sur lequel le moyen âge finissant avait trop exclusivement insisté
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