LA PENSÉE PROTESTANTE CONTEMPORAINE
pour cela des points d'appui sérieux dans la dogmatique pro-
testante elle-même? Que signifient les confessions de foi des
Églises protestantes, avec leur valeur concrètement normative,
bien qu'on les déclare non irréformables (voir supra, p. 224),
sinon un conditionnement concret du rapport religieux de foi
par l'Église? Les confessions de foi, dit la théologie protestante,
sont soumises au jugement de la sainte Écriture, dont elles ne
veulent que traduire les affirmations les plus foncières. Soit,
mais nous ne disons autre chose, ni des dogmes formulés par
les conciles, ni des divers témoignages de la Tradition; nos trai-
tés de critériologie théologique (De Locis) sont dominés par ce
même principe...
Évidemment, tout ce que nous venons d'exposer mène, d'une
part à la question ecclésiologique, d'autre part à celle de l'auto-
rité qu'on est disposé à reconnaître à la Tradition de l'Église.
Précisons cette question de façon à rendre le dialogue utile. Nous
sommes tous d'accord, c'est le minimum dont il faut partir, pour
n'admettre pas une Tradition qui serait totalement indépendante
de l'Écriture. Le problème est celui-ci n'existe-t-il qu'une
unique autorité, celle de l'Écriture, ou existe-t-il, seconde par
rapport à l'autorité suprême de l'Écriture, mais originale, c'est-
à-dire ne tenant pas d'elle toute sa valeur, une autorité propre
de la Tradition?
La réponse catholique est affirmative. Elle se fonde, d'un côté,
sur l'existence d'autres éléments provenant des Apôtres que
leurs écrits cette existence est pour nous certaine. La théolo-
gie protestante, qui l'admet parfois, encore que timidement 60,
ne nous paraît pas l'avoir prise assez au sérieux, d'un autre
côté, sur le fait qu'il existe une opération du Saint-Esprit dans
l'Église, différente (non contraire!) de l'opération par laquelle il
a inspiré la rédaction des Écritures canoniques : cela aussi, la
pensée protestante ne l'a pas assez considéré 61.
Quelle est la réponse protestante? Est-elle totalement néga-
tive? Concrètement, nous voyons bien des théologiens protes-
tants citer des Pères et des conciles, voire chercher à mettre leur
pensée en harmonie avec celle de la Tradition: cela reste de
l'ordre d'une opinion personnelle, d'un choix de famille spiri-
tuelle; cela signifie-t-il qu'ils se mettent à l'école de la Tradi-
231
