LA PENSÉE PROTESTANTE CONTEMPORAINE
les Écritures du Nouveau Testament est celle de l'époque des
Apôtres et de la pose des fondements 65. Celle dont nous par-
lons aujourd'hui se construit sur ces fondements apostoliques
en se référant à l'enseignement des Apôtres fixé dans leurs écrits.
L'apostolicité est vue ici seulement comme apostolicité de doc-
trine, sans considération de l'apostolicité des ministères, garan-
tie par l'Esprit Saint. Quant au second point, à savoir l'inter-
vention de l'Église dans la fixation du Canon, nous avons vu
comment la plupart des théologiens protestants l'abordent de
telle manière qu'ils peuvent faire, croient-ils, l'économie d'une
intervention de l'Église et de son autorité. On reste donc au
seuil de la question ecclésiologique.
Au xvIe siècle, les Réformateurs ont substitué la Parole de
Dieu à l'Église dans les fonctions, les privilèges ou les attributs
que la théologie catholique lui reconnaissait: et, par Parole de
Dieu, ils ont entendu l'Écriture. Du moins ont-ils appliqué leur
idée de telle manière qu'on était ramené à l'Écriture. E. Fles-
seman-Van Leer a récemment étudié une des premières contro-
verses du xvIe siècle sur la question Écriture et Tradition, celle
qui s'est instituée, à partir de 1526, entre Thomas More et Wil-
liam Tyndale 66. Tyndale disait : Écriture, et il lui attribuait la
suffisance, la nécessité, l'évidence de sa propre inspiration et la
clarté de son sens. More disait : Église, et il lui attribuait la
garde et la prescription de traditions non écrites, la détermina-
tion du Canon, l'interprétation du texte. En serait-on demeuré
au même point qu'au premier jour? Quatre siècles de contro-
verse et quatre décennies d'œcuménisme n'auraient-ils encore
rien changé au niveau de la position de la question?
IV. LA QUESTION ECCLÉSIOLOGIQUE. JALONNEMENT DE L'AVE-
NIR ET DES CHANCES POSSIBLES D'UN DIALOGUE NOUVEAU.
La question décisive se dégage assez clairement de tout ce
qui précède. Nous la formulerons ainsi : reconnaît-on une valeur
propre, coordonnée à celle de l'Écriture comme à une règle sou-
veraine, mais ne se réduisant pas à l'Écriture, à l'Église, à sa
vie, à ce qui est authentiquement de Dieu dans son histoire?
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