LA PENSÉE PROTESTANTE CONTEMPORAINE
est, par contre, très important, de savoir que si, d'un côté le
texte sacré n'est pas toujours Parole active du Dieu vivant, d'un
autre côté, le don de Dieu aux hommes pour les faire vivre avec
lui ne se réduit pas à l'Écriture. Il existe des dons de grâce et des
actes du Saint-Esprit en dehors de la Parole, et surtout de la Parole
identifiée à l'Écriture. Il peut même exister une Parole de Dieu
en dehors de l'Écriture, de sa lecture ou de son commentaire
formel. C'est pourquoi la critique adressée aux Catholiques de
croire certaines choses sine Verbo Dei, et donc, dit-on, de suivre
une pensée tout humaine, sujette à l'erreur, est une pétition de
principe: elle suppose tacitement qu'il ne peut y avoir aucune
Parole de Dieu, sous aucune forme, en dehors de la Parole
biblique et de son commentaire. C'est là une supposition que
l'on peut nier, sans pour autant méconnaître, ce que nous nous
gardons de faire, qu'une telle Parole ne pourrait être ni contraire,
ni même véritablement étrangère aux saintes Écritures.
Un théologien luthérien, M. P. Scherding, réfléchissant récem-
ment sur le principe scripturaire dans son rapport avec le minis-
tère de la Parole, rejoignait des considérations qui nous sont
chères et qui ont leur place, croyons-nous, dans la question qui
nous occupe présentement "¹. Il se référait à l'usage apostolique
des Écritures de l'Ancien Testament, qu'il caractérisait comme
nous l'avons fait nous-mêmes (cf. E. H., p. 76-91): l'Écriture
est moins utilisée comme référence de type scientifique, Proof-
text, que citée et interprétée à la lumière des réalités spirituelles
qui font l'objet de la foi et de l'expérience chrétienne. De même
la prédication chrétienne est-elle
plus qu'une interprétation des textes sacrés, elle témoigne de l'action
généreuse et régénératrice de l'Esprit qui signifie la présence du Christ
au sein de son Église (p. 219). L'opposition contre l'Église romaine
d'un côté et contre les spiritualistes de l'autre a imposé aux épigones
de Luther une conception trop formaliste et rigoriste du principe
scripturaire (...). L'identification trop hâtive de la Parole de Dieu
avec le texte des Écritures, à laquelle les Réformateurs ont été entraî-
nés dans l'ardeur du combat, a eu des suites fâcheuses (p. 320). Dans
sa polémique contre l'Église romaine, ...l'Église protestante, en pré-
conisant le principe du retour aux sources et en essayant de renouer
directement avec l'Église primitive, a méconnu l'importance de la
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