LA TRADITION ET LES TRADITIONS
tradition vivante, alors que l'image de l'Église du Christ est repré-
sentée par ce que l'Épître aux Hébreux appelle la nuée des témoins,
ou ce qui, d'après le Credo, est la communion des saints (p. 223).
La Bible ne lui (= le peuple protestant) est-elle pas devenue étran-
gère, en partie au moins, parce qu'on a laissé se creuser un trop
grand vide entre le passé et le présent, sans penser à s'appuyer sur
les valeurs de la tradition qui relie l'un à l'autre? (p. 230).
C'est en effet le rôle de la Tradition en sa réalité dogmatique.
Mais cela revient à reconnaître qu'il existe une action de Dieu,
de son Saint-Esprit, dans l'Église, dans la trame de son histoire
et l'exercice de sa mission d'annoncer l'Évangile, et que cette
action est, pour notre connaissance et notre vie, une source :
une source seconde, subordonnée, mais une certaine source. Le
principe scripturaire n'est pas nié, mais il est débordé en son
sens de Scriptura sola et comme usage raidement limitatif du
<<< Il est écrit ». Il ne suffit pas de «< scruter les Écritures » (cf. Jn,
5, 39) il y a un attachement au « Il est écrit » qui ferme la
lettre sur elle-même et, parce qu'elle ne l'y trouve pas expressé-
ment indiquée, refuse une réalité que l'Église tient, soit pour
l'avoir héritée sous cette forme de réalité 72, soit pour l'avoir
reconnue dans l'ensemble de l'attestation scripturaire, à la lumière
de l'expérience qu'elle a faite. On comprend que la liturgie et
la vie contemplative monastique soient des arches saintes de la
Tradition...
2º Par une considération du ministère comme prolongeant, dans
le temps de l'Église, l'apostolat institué par le Christ.
Si nous ne nous trompons mais nous craignons de par-
ler trop péremptoirement en un domaine qui appartient à
d'autres..., la théologie protestante courante ne connaît pas,
et même elle refuse, cette idée. Pourtant, les Réformateurs n'ont
pas voulu exclure le ministère, mais seulement le lier à la Parole,
pour éviter l'affirmation d'une puissance ecclésiastique indépen-
dante de l'autorité de Dieu. Ce faisant, cependant, ils n'ont
considéré l'autorité de Dieu que comme se rendant actuelle dans
la Parole, non sous la forme de l'acte par lequel, avant ou après
sa résurrection, mais avant sa remontée aux Cieux, Jésus-Christ,
236
