LA PENSÉE PROTESTANTE CONTEMPORAINE
Notre-Seigneur, a institué un ministère apostolique durable (voir
en particulier Mt, 28, 18-20). Ainsi l'apostolicité était-elle mise
dans la conformité et continuité avec la parole apostolique, par
le moyen de l'Écriture, ce qui, certes, n'est pas faux, mais ne
doit pas devenir exclusif.
Or, c'était exclusif. La théologie protestante était dès lors
vouée 1º à ne pas admettre de prolongement, dans le temps de
l'Église, du ministère divinement institué dans les Apôtres, et
qui cessait avec eux; 2º à ne voir dans les ministres comme
tels que des hommes désignés par la communauté, investis par
un simple droit humain, la part divine de droit et d'autorité de
leur ministère n'étant que celle de la Parole; 3º à ne connaître
d'apostolicité que celle de cette Parole, non celle d'une fonction,
d'une autorité et d'une grâce relevant d'un ministère institué 73;
4º à ne pas faire figurer le ministère dans la définition de l'Église,
où l'institution divine est limitée à la Parole et aux sacrements,
comme si le ministère n'en faisait point partie 74. Dans l'ecclé-
siologie protestante, il n'y a pas, entre Dieu et la communauté
chrétienne (ecclesia congregata), de ministère divinement insti-
tué pour prononcer la Parole (ecclesia congregans) : il y a la
Parole, qui, si elle est reçue, constitue l'Église, la mesure et la
juge 75.
Dans ces perspectives, l'apostolicité et l'action du Saint-Esprit
sont non seulement liées mais limitées à l'Écriture. On ne pose
même pas la question, on l'exclut d'emblée, d'une apostolicité
d'un ministère issu de celui des Apôtres et affecté des charismes
correspondants, qui représenterait aussi une voie de l'action de
Dieu et un élément constitutif du rapport religieux que le peuple
de l'Alliance est appelé à vivre. Plusieurs critiques catholiques
de M. O. Cullmann ont noté qu'il ramenait, sans le dire, toute
inspiration à l'inspiration scripturaire, qui n'en est cependant
qu'un cas 76, et aussi qu'il identifiait implicitement l'infaillibilité
à l'inspiration (scripturaire) "7: de sorte que la fin de celle-ci fût,
ipso facto, selon lui, la fin du charisme d'infaillibilité. Cela revient,
d'un côté, à passer sous silence, au niveau du dépôt apostolique,
une activité autre que celle de rédaction de quelques écrits, et
donc l'existence, pour nous, d'une Tradition apostolique 78,
78, d'un
autre côté, à méconnaître le moment majeur du charisme dont le
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