LA TRADITION ET LES TRADITIONS
l'annonce que Dieu nous est salutaire en Jésus-Christ, annonce à
laquelle répond notre foi et qui est elle-même événement par le
Saint-Esprit. Elle ne rapporte et ne relie pas l'existence de
l'Église au Christ tel qu'envoyé du Père il a vécu en notre chair,
ni à une institution par lui. La théologie catholique le fait, au
contraire, sans méconnaître pour autant l'actualité de l'action du
Seigneur glorieux, par son Saint-Esprit, mais on doit avouer que,
surtout depuis la Réforme grégorienne et le développement des
points de vue juridiques dont elle a été suivie, en raison aussi
d'une tendance « physiciste » ou «< chosiste» favorisée par la
Scolastique, elle insiste beaucoup moins sur ce rôle et cet actua-
lisme du Saint-Esprit que sur l'institution relevant de la puis-
sance du Christ. Cependant, faisant cela, elle honore le schéma
évangélique (surtout S. Jean) et traditionnel (S. Clément, Ter-
tullien, etc.) montrant «< Dieu » mandatant le Christ, qui man-
date les Apôtres, qui mandatent des héritiers ou successeurs dans
le saint ministère 86. Cela suppose une considération de Jésus-
Christ comme autorité qui, pour autant que nous soyons informé,
est assez étrangère à la pensée protestante et devrait faire, de sa
part, l'objet d'une étude attentive.
Elle le pourrait d'autant mieux qu'elle s'est souvent attachée
avec fruit à la Seigneurie ou Souveraineté du Christ. Mais elle
l'a trop exclusivement considérée comme attribut du Christ glo-
rifié, pas assez comme puissance résidant déjà, de droit, dans le
Christ venu en chair, conformément à l'ontologie du dogme de
Chalcédoine : « Toute puissance m'a été donnée... Allez donc,
de toutes les nations faites des disciples... » C'est cette puissance
royale du Christ qui insère efficacement son office sacerdotal et
son office prophétique dans le temps, qui fait de lui, vraiment, le
Maître du temps: ce qu'il est, non seulement en lui-même, au
ciel, mais en son Église : « J'ai vaincu le Monde. »> « Je suis avec
vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles. »
Si les idées exposées dans les pages précédentes trouvaient un
accueil et un écho dans de larges secteurs de la pensée protes-
tante, celle-ci éprouverait moins de difficulté qu'elle n'en montre
à accepter l'idée de développement, qui est si étroitement liée à
celle de Tradition. Aujourd'hui, cette idée répugne aux théolo-
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