LA PENSÉE PROTESTANTE CONTEMPORAINE
giens protestants, et surtout elle les inquiète 87. Il leur semble
qu'en attribuant aux développements éventuels une valeur homo-
gène, donc égale, au dépôt apostolique premier, le catholicisme
tombe dans le péché qu'ils lui reprochent, celui d'absolutiser
son histoire et d'ériger sa propre vie en norme. Bien des théolo-
giens protestants ne seraient pas contre le développement, mais
n'acceptent pas qu'on attribue à ses produits une valeur norma-
tive autre que leur valeur de traduction du contenu des Écri-
tures 88. Nous ne disons en principe rien d'autre, sous réserve
d'autres moyens que l'Écriture pour transmettre le dépôt apos-
tolique. On devrait donc pouvoir, sur cette difficile question du
développement, faire un substantiel chemin les uns vers les
autres. Tout l'effort n'incomberait pas aux «< autres », mais il
faut bien avouer que la théologie protestante n'a pas fait, sur
cette question, un travail comparable à celui qu'a fourni la théo-
logie catholique. Raison de plus pour signaler et saluer de très
intéressantes prémices d'un tel travail ®⁹.
Conclusion.
Le présent chapitre ne voulait être ni une discussion polé-
mique ni une justification générale des positions catholiques. Il
visait à faire le point du dialogue entre la Réforme et la vieille
Église sur la question de la Tradition. C'est ce qui nous permet
de ne parler que très brièvement, moins pour conclure que pour
annoncer le programme du dialogue à continuer, des deux points
qui commandent, à leur racine, les accords et les désaccords.
C'est d'abord la conception du temps de l'Église dans son rap-
port avec ce que M. O. Cullmann, initiateur en ce domaine,
appelle le temps de l'Incarnation ou celui de la pose des fonde-
ments. Tous les censeurs catholiques de Cullmann ont critiqué
la coupure mise par lui, estiment-ils, entre ces deux temps 90.
Comme si le Christ et l'Église étaient extérieurs l'un à l'autre et
que l'Église ne faisait, vivant dans un temps purement profane,
qu'essayer de se conformer du dehors au modèle posé une fois
pour toutes. Pourtant, O. Cullmann admet une très positive
valeur du temps de l'Église au point de vue de l'histoire du salut.
Si l'on accepte de dépasser l'analyse des mots et des textes, si
précieuse mais trop courte pour régler un problème dogmatique
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