L'ÉVANGILE ÉCRIT DANS LES COURS
salut. Le terme divin en est le « Dieu vivant », que nomme S. Paul
dans le texte dont nous sommes partis et qui, dans l'Ancien Testa-
ment, est l'initiateur de l'histoire sainte, de l'alliance, de la délivrance
d'Égypte 2. 2º C'est l'Esprit de Dieu qui réalise ce vrai rapport d'al-
liance. Il est la force qui fait accomplir à ses élus le plan de Dieu 3.
Aussi l'instauration d'un état meilleur, et même parfait et définitif,
de la relation d'alliance est-elle attribuée à un don nouveau et plénier
de l'Esprit. 3º Cet état parfait ne peut consister que dans une inté-
riorisation des dispositions qui répondent, dans l'homme, au rapport
d'alliance. On sait que le plan de Dieu est marqué par un passage
des choses à l'homme et par une visée d'intériorité parfaite. Or, en
style biblique, le « cœur » désigne la disposition foncière de l'homme,
le siège des sentiments et des pensées, l'organe même de l'intériorité 4.
Ainsi quand S. Paul compare la communauté qu'il a fondée à « une
lettre du Christ, écrite, non avec de l'encre mais avec l'Esprit du
Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair,
sur vos cœurs », il situe l'œuvre de son ministère dans l'ordre de la
Nouvelle Alliance en laquelle se réalise le vrai et parfait rapport reli-
gieux. Il n'est pas formellement question, ici, de l'Évangile.
Quand a-t-on commencé à parler d'Evangile écrit dans les cœurs?
Pas à l'époque des Pères, autant que nous sachions. S. Irénée parle
de salut que plusieurs peuples barbares possèdent «< écrit sans encre
ni papier, par l'Esprit Saint, dans leur cœur, et ils gardent avec soin
la tradition ancienne, croyant en un seul Dieu 5... ». Le salut a pour
principe la foi, qui se résume dans la profession qu'on en fait au
baptême. Garder ainsi dans le cœur est plus noble que garder inscrit
sur du papier. C'est le propre d'une fidélité totale. Irénée revendique
celle-ci pour les paroles qu'enfant il avait entendues de la bouche de
Polycarpe. Nous l'avons vu, lorsque le catéchuménat fut organisé
au plan liturgique, on faisait au catéchumène une obligation d'ap-
prendre par cœur le symbole et le Pater, sans les mettre par écrit.
S. Augustin citait, à cette occasion, le texte de Jér, 31, mais il ne
parlait pas précisément de l'Évangile 7. Par contre, dans l'explication
de la même cérémonie que donne le Sacramentaire gélasien, l'évêque
dit au catéchumène : « Apprenez le symbole d'une âme attentive, et,
ce que nous vous transmettons tel que nous l'avons reçu, inscrivez-le,
non sur quelque matériau sujet à la corruption, mais sur les pages
de votre cœur 8. »
Au fond, malgré l'immense prestige du Texte ou du Livre, la
mémoire vivante de la fidélité du «< cœur » l'emportait en dignité. La
sainte Écriture exalte le fait de « garder en son cœur » (cf. Gn, 37,
11; Dn, 7, 28; Lc, 2, 19 et 51). Clément d'Alexandrie écrivait, appro-
chant ainsi de notre thème : « Par l'instruction donnée par le Sauveur
aux Apôtres, la tradition non écrite de la tradition écrite (c'est-à-dire
un commentaire des Écritures) a été transmise jusqu'à nous, ayant
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