LA TRADITION ET LES TRADITIONS
été écrite par la puissance de Dieu dans des cœurs nouveaux, corres-
pondant à la nouveauté du Livre d'Isaïe .. >>>
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Les Pères citent assez volontiers l'un ou l'autre des textes que nous
avons transcrits, fér, 31 ou 2 Cor, 3, 3, mais ils le font dans la pers-
pective de ces textes eux-mêmes, à savoir pour exprimer la différence
entre la loi ancienne et la loi nouvelle. Ainsi S. Jean Chrysostome 10.
Ainsi, souvent, S. Augustin, surtout dans le De Spiritu et littera (412),
qui est le « lieu » propre de cette distinction 11. Dans ses catéchèses
baptismales, Jean Chrysostome fait bien allusion aux termes de 2 Cor,
3, 3, mais pas à propos de la traditio symboli : illes applique au pacte
ou traité que représente le sacrement lui-même, et qui est écrit, « non
à l'encre, mais avec l'esprit 12 ».
Les Pères trouvaient encore l'annonce d'une deuxième loi, celle de
l'Évangile, dans le titre même de « deutéronome » que portait un livre
du Pentateuque : ce serait «< cette loi de l'Évangile écrite dans le cœur
du croyant qui entend et retient la Parole du Christ 13 ». Ils aimaient
aussi développer le thème de la Pentecôte chrétienne répondant à la
Pentecôte judaïque, en laquelle on fêtait le Don de la Loi sur le
Sinaï 14. La première loi avait été écrite sur des tables de pierre, la
seconde était celle de la grâce, celle du Saint-Esprit, et elle avait été
inscrite dans le cœur des fidèles.
Une des premières applications formelles à la Tradition, sinon du
texte même de S. Paul, du moins du thème qu'il énonce, se trouve,
après Clément d'Alexandrie, chez Nicéphore, patriarche iconophile
de Constantinople, déposé en 815. « Tout ce qu'on fait dans l'Église
est Tradition, dit-il, l'Evangile y compris, puisque Jésus-Christ n'a
rien écrit, ayant déposé sa parole dans les âmes 15. >>
Sans faire une application aussi directe à la Tradition, les grands
Scolastiques devaient préparer celle qu'on ferait au moment du concile
de Trente. Du moins S. Thomas d'Aquin, car nous ne voyons pas
que S. Bonaventure ait beaucoup invoqué notre thème 16. S. Thomas,
lui, le fait assez souvent, en dépendance de S. Augustin et de son
De Spiritu et littera, dont il assume les idées. Il reste dans le cadre
de l'opposition biblique et augustinienne entre le régime mosaïque
de la lettre et le régime chrétien de l'esprit. Il dit bien, avec S. Augus-
tin, que toute l'Écriture, y compris celle du Nouveau Testament, est,
en tant que chose écrite, extérieure au cœur de l'homme, une lettre
qui tue 17. L'usage de moyens extérieurs continue sous la Nouvelle
Disposition, mais ce ne sont que des réalités secondaires, dont tout
le rôle est de procurer le fruit intérieur, qui est le principal: des
inducentia ad gratiam Spiritus Sancti, en laquelle consiste proprement
la loi nouvelle, celle de l'Esprit de vie, écrite, non avec de l'encre,
mais par l'Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais
sur la table de nos cœurs 18. S. Thomas cite le texte de 2 Cor, 3,
3, mais dans ce contexte, authentiquement biblique, des caractères
propres de la loi nouvelle, non dans celui du problème Écriture-Tra-
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