LA TRADITION ET LES TRADITIONS
hommes spirituels, et tenu dans l'Église une. Eck adaptait, au pro-
blème soulevé par la Réforme, la théologie classique de S. Thomas :
la loi évangélique est principalement la loi écrite dans le cœur de
l'Église; la loi écrite n'est qu'un index orientant vers la loi intérieure
ou mentale. Eck reprenait ces thèmes en 1530, dans sa Repulsio arti-
culorum Lutheri 23.
Publiant, en février 1528, ses Grundtliche unterrichte pour éloigner
de la Réforme la princesse Marguerite de Anhalt, le Dominicain
Jean Mensing, qui avait affronté personnellement Luther, distinguait
comme trois états de la Parole de Dieu : dans le cœur, dans la bouche
et sur le papier 24. Déjà Cochläus, grand adversaire de Luther, avait
souligné le fait que l'Écriture est incomplète, qu'elle n'a pas son sens,
qu'elle n'est point Parole de Dieu, par elle seule et en sa propre
matérialité de lettre, mais seulement dans un sujet vivant 25. Il y avait
là un effort intéressant pour distinguer entre lettre de l'Écriture et
Parole de Dieu. Nicolas Herborn, Franciscain, un des critiques les
plus originaux de Luther, distinguait de même le verbe écrit et le
verbe inspiré, c'est-à-dire la Parole comme acte actuel de Dieu dans
un esprit vivant 26. On ne peut, disait-il, identifier l'Évangile et un
document: un document est mort; l'Évangile n'est lui-même que
reçu du Christ par un fidèle vivant. Le document écrit n'en est qu'un
signe ou un témoignage 27.
Quelques années plus tard, Jean Driedo, de Louvain, distinguait
entre l'Evangile comme message prêché et l'Évangile comme récit
écrit 28. Le premier était cet Évangile écrit dans les cœurs des Apôtres,
c'est-à-dire gardé dans leur fidélité vivante et qui devait être, par
eux, imprimé dans le cœur des fidèles avant même qu'il existât
aucun écrit du Nouveau Testament. Le contenu de cet Évangile était
toute la prédication apostolique conforme au commandement de Mt,
28, 18-20, prédication toute relative au fait de Jésus-Christ-Sauveur;
il était le contenu et le sens authentique des prophéties et des écrits
évangéliques référés à Jésus-Christ.
Au cours des discussions de la IVe session du concile de Trente
sur la question des Écritures et des traditions, le 18 février 1546, le
cardinal Cervini distinguait trois principes de notre foi, qui sont tous
trois de l'ordre de la Révélation: la Révélation faite aux patriarches,
contenue dans les Écritures de l'Ancien Testament; l'Évangile écrit
dans les cœurs des Apôtres, selon ce qu'avaient annoncé les pro-
phètes: une partie en a été écrite, une autre a été laissée in cordibus
hominum. C'est le Nouveau Testament. En troisième lieu, le Saint-
Esprit, qui déclare les points de Révélation demeurés obscurs pour
nous
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Demeurons dans le cadre chronologique du concile de Trente. Mar-
tin Perez de Ayala prit part au concile à partir de la seconde moitié de
1546. Il publia à Cologne, en 1549, le premier ouvrage de théologie
formellement consacré à l'étude de la Tradition: De divinis, aposto-
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