EXCURSUS B
ÉCRITURES ET « VÉRITÉS NÉCESSAIRES
AU SALUT »
Les Pères et les théologiens du moyen âge tiennent communément
l'idée de la suffisance des Écritures. Nous ne reviendrons pas sur ce
point, exposé avec une documentation convaincante par D. De Vooght,
J. R. Geiselmann, G. H. Tavard et nous-même. On remarque d'autre
part que les Médiévaux n'éprouvent aucune gêne à ajouter que bien
des choses sont tenues ou observées dans l'Église que l'on ne peut
fonder scripturairement et qu'on doit attribuer à la tradition. Dom
P. De Vooght, qui est souvent revenu sur cette constatation, pense que
les Scolastiques ont simplement été peu conséquents avec le principe
de la suffisance de l'Écriture, qu'ils tenaient cependant ¹. Nous nous
demandons s'il est nécessaire de supposer une telle inconséquence et
s'il ne faudrait pas faire entrer en ligne de compte une précision qu'on
trouve chez nombre d'entre eux et jusqu'en plein xvre siècle, lorsqu'il
s'agit, non peut-être de définir, du moins de caractériser le contenu
précis de l'Écriture à l'égard de l'ensemble, plus large, de ce que
l'Église tient et impose. On propose, en effet, parfois, cette précision:
l'Écriture contient toutes les vérités nécessaires au salut.
Telle quelle, cette précision ne nous paraît pas être patristique.
Nous ne nous souvenons de l'avoir rencontrée ni chez les Pères, ni
dans le haut moyen âge, mais peut-être un lecteur plus érudit ou plus
heureux apportera-t-il des références qui nous ont échappé.
Ce n'est pas que les Pères et le haut moyen âge n'aient une cons-
cience très vive du lien existant entre l'Écriture et le salut. Sans cesse
ils nous disent : 1º que l'Écriture a été faite pour notre salut; 2º qu'elle
est un élément très efficace pour la réalisation de ce salut, la restaura-
255
