ÉCRITURES ET « VÉRITÉS NÉCESSAIRES AU SALUT »
Albert le Grand, lui, attribue à S. Augustin l'idée « quod Sacra Scrip-
tura est de iis quae ad salutem hominis pertinent 12». Un disciple de
Scot, Antoine André, transpose la notion de salut en termes plus phi-
losophiques, de fin dernière, pour exprimer la même idée 15
La démarche de réflexion critique sur les conditions et les limites
des affirmations dogmatiques ou théologiques a connu son intensité
maxima, au moyen âge, en Guillaume d'Occam. Il s'agit, pour celui-
ci, de savoir si l'on est tenu à considérer comme « vérités catholiques »,
c'est-à-dire à croire absolument, de nécessité de salut, des choses qui
ne seraient affirmées dans l'Écriture ni explicitement ni même impli-
citement. Une première opinion tient pour la négative 14: l'obligation
en question ne porte que sur les vérités affirmées dans les Écritures
canoniques ou ce qui se déduirait de façon nécessaire de telles vérités.
Mais Occam propose une autre opinion, qui distingue et admet plu-
sieurs degrés d'appartenance à la foi catholique : il distingue finale-
ment cinq degrés ou espèces de « vérités catholiques 15 » : distinction
qui se retrouve ensuite chez la plupart des théologiens des XIVe et
XVe siècles 16. Dans l'énoncé de la première opinion, l'expression
<< veritates... de necessitate salutis credendae » ou quelque autre équi-
valente, revient plusieurs fois. Dans l'énoncé de la seconde opinion
(c. 2), Occam parle encore de « quibus fidem... adhibere est necessa-
rium ad salutem » (p. 411-412) elles englobent, d'après cette opi-
nion, outre celles qui « sunt de Deo et Christo secundum humani-
tatem, ex quibus principaliter salus nostra dependet » et d'autres
vérités, parmi lesquelles on peut noter ce qu'on appellera, à partir du
XVIIe siècle, des faits dogmatiques, « ex quibus non ita principaliter
pendet salus humana ». Quand, au c. 5, Occam énumère ses cinq
espèces de «< vérités catholiques »>, il ne parle plus en termes de néces-
sité pour le salut, mais seulement en termes d'obligation de donner, ou
liberté de ne pas donner son assentiment, « quibus non licet christianis
aliter dissentire 17 ».
Après Occam, l'Église catholique a connu le biblisme de Wyclif, qui,
sans tenir théoriquement un principe de Scriptura sola de type pro-
testant, a de fait critiqué la doctrine reçue au nom d'un biblisme pur.
La question critique est dès lors posée en ces termes : qu'est-on obligé
de croire de nécessité de salut? Comment se distribuent et s'articulent
l'autorité de l'Église et celle de l'Écriture? Gerson publie, en 1416,
un opuscule intitulé Declaratio veritatum: Quae credenda sunt de
necessitate salutis? 18. Les déterminations théologiques ou canoniques
se sont accumulées: il en existe une grande masse qui se présentent
sous l'autorité de l'Église. Mais on tient un critère qui permet de pré-
ciser lesquelles s'imposent rigoureusement, et en quoi l'Église est
infaillible. Jean de Raguse fait usage de ce critère dans son De Eccle-
sia 19, et Calvin pourra s'y référer : « Ce qu'ils infèrent finalement que
l'Église ne peut errer ès choses qui sont nécessaires à salut, nous n'y
contredirons point 20 >>>
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