ÉCRITURES ET « VÉRITÉS NÉCESSAIRES AU SALUT »
demeurait plus proche de l'ancienne formule. « Chemnitz, écrit-il,
affirme que les Apôtres ont mis par écrit toute leur prédication : il
n'affirme là rien qui soit contraire à notre position. Nous distinguons,
en effet, les choses nécessaires au salut et celles qui ne le sont pas, de
telle façon qu'on ne pourrait être sauvé sans les connaître ou les pro-
fesser explicitement. » Et Bellarmin de conclure : « Illa omnia scripta
esse ab Apostolis, quae sunt omnibus necessaria et quae ipsi palam
omnibus vulgo praedicaverunt 30. » Les controversistes savaient ne
pas céder à la tentation d'une position purement polémique. Ainsi
encore le cardinal Du Perron, au début du xvIIe siècle :
Et partant affirmer que l'éscriture est suffisante pour nous conduire
à salut, si cela s'entend mediatement, c'est-à-dire avec l'imposition du
moyen ordonné pour l'expliquer et appliquer, à sçavoir le ministère de
l'Église, cette proposition est véritable et catholique "¹.
Les réformes du xvie siècle se sont référées à l'idée de vérités néces-
saires au salut comme à un critère permettant de définir le domaine
dans lequel le magistère de l'Église avait compétence et, partant, cri-
tère d'une distinction possible entre ce que l'on pouvait mettre en
cause et ce qu'on entendait respecter dans l'enseignement ou les pres-
criptions de la vieille Église. Nous avons déjà vu Calvin disposé à
admettre que l'Église ne puisse errer ès choses nécessaires au salut.
Calvin faisait une nette distinction entre ce qui est nécessaire pour
le salut, qui constitue l'objet de la foi et se trouve entièrement dans
la Parole de Dieu, c'est-à-dire l'Écriture, et ce qui rentre dans la
discipline extérieure et les cérémonies, où il ne voyait que choses indif-
férentes, variables avec le temps 32. Nous estimons qu'il simplifiait
indûment, qu'il manifeste là un théologisme trop étroitement doctri-
naire et qu'il se ferme enfin tout un domaine où l'Église garde et com-
munique une part de l'héritage des Apôtres dans une discipline, des
coutumes et des rites dont l'Histoire a pu préciser ou modifier le
visage, mais dont le fond vient des origines. La hantise de la pure
doctrine a fermé les yeux des réformateurs sur tout ce domaine pour-
tant si important et qui, à travers les traditions, relève au premier chef
de la Tradition.
C'est une position analogue à celle de Calvin que prennent, à la
même époque, les XXXIX articles élisabethains, charte de l'Église
anglicane. Article VI :
La sainte Écriture contient toutes les choses nécessaires au salut, de
sorte que tout ce qui n'y est pas contenu ou ne peut pas être prouvé
par elle, ne doit être exigé d'aucun homme comme article de foi, ni
réputé requis ou nécessaire au salut. Sous le nom d'Écriture sainte
nous comprenons ces livres canoniques de l'Ancien et du Nouveau
Testament dont l'autorité n'a jamais été mise en doute dans l'Église
(en suit une liste qui exclut les « deutérocanoniques »).
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