ÉCRITURES ET « VÉRITÉS NÉCESSAIRES AU SALUT »
cane († 1600) 41 et, à sa suite, chez nombre d'autres anglicans, en par-
ticulier chez l'archevêque Laud, dans sa controverse contre le Jésuite
Fisher 42, chez l'iréniste Georges Calixt († 1656) 43, chez Jurieu enfin,
qui avait reçu les ordres anglicans. Jurieu se réclame des distinctions
correspondantes connues dans la théologie catholique; il énumère,
parmi les critères permettant de distinguer les «points fondamen-
taux », leur liaison avec les fins de la religion (c'est-à-dire avec la
gloire de Dieu, la sanctification de l'homme et la béatitude éternelle);
enfin, il dit expressément que les vérités fondamentales sont celles
dont la foi distincte est « nécessaire au salut 44 ».
Ce n'est pas l'idée même d' « articles fondamentaux » qu'il eût fallu
rejeter, car elle fait incontestablement partie de la Tradition catholique:
du reste, Bossuet le reconnaissait dans sa discussion avec Leib-
niz : « Il y a des articles fondamentaux et des articles non-fondamen-
taux... cette proposition n'est pas discutée entre catholiques et pro-
testants 45. » La différence, s'il en est une, ne porte pas sur ce point,
mais sur l'existence d'un magistère et sur le rôle qu'on lui reconnaît
ou qu'on lui refuse. On rencontre une différence semblable quand il
s'agit du «< Canon lérinien » : les deux questions sont étroitement appa-
rentées. L'idée d'articles fondamentaux ne joue qu'un rôle secondaire
et limité à un domaine assez technique, dans la théologie catholique.
On les considère et on les définit comme ce dont la connaissance, et
donc d'abord la révélation et la formulation dans l'enseignement de
l'Église, sont nécessaires pour que l'homme soit ordonné à sa fin sur-
naturelle positive 46. En ce sens, on professe toujours chez nous que
les Écritures contiennent toutes les vérités qu'il est nécessaire de
croire explicitement, et que ces vérités constituent les fondements ou
le fond de la religion 47. Ceci est à coup sûr intéressant et important.
Il y aurait lieu cependant d'aller plus loin et de restaurer l'idée, cer-
tainement traditionnelle, d'un certain étagement dans l'ensemble des
vérités de la Foi, qui constituent un tout organique et architecturé.
Malheureusement, la considération du quo, c'est-à-dire de l'autorité
par laquelle l'enseignement est porté avec sa valeur d'obligation, a
trop pris le pas sur la considération du quod, c'est-à-dire du contenu
de cet enseignement. Mais développer cela comme il faudrait nous
ferait sortir du sujet de cet Excursus : nous espérons pouvoir le faire
un jour ailleurs.
