NOTES DU CH. I
agréables au Seigneur, parce qu'ils s'unissent à lui » (A. H., II, 22, 2 :
P. G., 7, 782).
90. Déjà la pensée de Platon, la mort de Socrate, ont une certaine
actualité dans notre histoire, dans notre présent. Elles sont entrées
dans le patrimoine de l'humanité. Nous nous y référons; elles agissent
ainsi comme cause exemplaire ou formelle. De cette façon, chaque
homme, mais tout spécialement les héros, les génies et les saints,
apportent à l'histoire humaine des déterminations, des enrichissements,
qui demeurent à jamais acquis à l'humanité. Le Christ, lui, 1º intro-
duit dans l'histoire de l'humanité et du monde, non une détermination
particulière, comme ont pu faire Socrate, Platon, Pascal, mais la déter-
mination absolue et totale, celle qui concerne la totalité du destin de
tous les hommes et du monde entier; 2º apporte cette détermination,
non seulement comme idéal, comme pensée, voire comme modèle dyna-
miquement opérant dans l'ordre des finalités, mais comme grâce, éner-
gie opérante, salut effectif (cf. Perspectives chrétiennes sur la vie per-
sonnelle et la vie collective, dans Socialisation et Personne humaine
(Semaine sociale de Grenoble, 1960), Lyon, 1961, p. 195-223 (p. 206-
208));
L'EVANGILE, C'EST CELA. La pensée d'O. Casel a posé à la théologie
catholique contemporaine la question du mode de cette présence opé-
rante s'il s'agit, non du Christ en général, mais de ses acta et passa
rédempteurs (expression de S. Thomas). Il ne peut s'agir d'une pré-
sence de ces acta et passa selon leur nature de faits historiques: comme
tels, en raison, précisément, de leur nature vraiment historique, ils
appartiennent au passé, non au présent. Certaines formules de Dom
Casel manquaient, à cet égard, de précision. Mais Casel avait bien
perçu que, dans le culte chrétien, 1º il y avait communion, non pure-
ment mentale, mais, à sa manière, réelle, à des faits : dans le baptême,
je suis plongé dans la mort et la résurrection du Christ; 2º le mouve-
ment principal procède de haut en bas, c'est une communication; le
premier sujet d'action est le Christ.
Il tend à s'opérer un consensus dans le sens suivant. Il faut remarquer
d'abord on ne le fait pas assez qu'il ne s'agit pas de n'importe
quels actes de Jésus, mais de ses actes expressément messianiques et
rédempteurs qu'il a accomplis pour nous et en nous incluant en eux (cf. les
verbes avec le préfixe ouv de S. Paul, limités aux grands moments du
salut). Le Christ a accompli ces actes comme principes de la nouvelle
création, dont le Saint-Esprit est le réalisateur.
Les acta et passa Christi sont passés en tant que le Christ en a été le
sujet comme vrai homme. Mais l'action salutaire de Dieu passe par le
Verbe fait chair : pas seulement par la conscience et le vouloir du Christ
glorifié, « assis à la droite de Dieu », mais par les acta et passa salutaires
accomplis historiquement une fois, à un certain moment, mais qui,
dans ce moment même, incluaient toutes leurs applications à venir.
Toute consécration eucharistique met en œuvre, non seulement l'ac-
tualité de la vertu du Christ et de son Saint-Esprit, mais la vertu de la
première, unique et historique, consécration de la Cène. Les acta et
passa du Verbe fait chair ont reçu du Saint-Esprit, du fait qu'ils étaient
messianiques et posés pour nous comme germes de la nouvelle création,
et du fait que leur sujet est le Verbe, une qualité transcendante. Ce que
Dieu opère dans l'histoire humaine, à n'importe quel moment terrestre
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